Le projet communautaire

Cette exposition photo est le résultat d’une recherche communautaire photovoix menée avec le programme Travail du sexe de RÉZO. En allant à la rencontre de 9 hommes et d’une personne non-binaire qui pratiquent le travail du sexe, ce projet a permis d’aborder avec ces personnes le rapport entre leur travail, leur vie personnelle et leur genre. Cette recherche a été réalisée dans le cadre de la maitrise en travail social à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et a été dirigée par la professeure Maria Nengeh Mensah.

Dans ce projet, le travail du sexe est défini comme une activité visant à échanger des services sexuels contre une rétribution ou une compensation1,2,3,4. Ces rétributions ou compensations peuvent consister en de l’argent ou en des échanges prenant des formes variées, telles que de la nourriture, un hébergement, des substances (légales ou illicites), des vêtements, un emploi, etc.1,5. Pour la méthodologie, un photovoix a été effectué avec les participant·es. Il s’agit d’une méthode de recherche qualitative qui permet aux participant·es de documenter leur réalité à l’aide de la photographie et de discussions, et qui peut ultimement servir à sensibiliser la société aux enjeux soulevés par ces personnes6.

Les participant·es étaient invité·es à discuter, puis à photographier des lieux, des objets et des représentations porteuses de sens selon deux thèmes, soit le genre dans leur travail et le genre dans leur vie personnelle. Les photos ont également permis d’aborder des sujets relatifs à ces thèmes, comme la sexualité, l’identité de genre et les masculinités, l’orientation sexuelle, la consommation de substances psychoactives, les injustices relationnelles, juridiques et sociales ainsi que les stratégies de reconnaissance mises de l’avant par les participant·es.

Venez découvrir leurs réalités à travers une série de photos et de témoignages réalisés par elleux!

Charlie

Charlie est une personne bisexuelle qui, au moment de notre rencontre, est en questionnement sur son genre. Par le passé, iel a pratiqué le travail du sexe pour une période de six ans.

Dans son entretien, Charlie témoigne de différents lieux significatifs à Montréal pour elleui qui lui permettent d’exprimer sa sexualité et d’être bien dans son corps. Certains de ces lieux jouent pour elleui un double rôle : dans sa vie personnelle, ils lui permettent de vivre pleinement sa sexualité sans se sentir jugé·e ; dans sa vie professionnelle passée, ils lui permettaient de recruter des clients.

Dans son entretien, Charlie aborde également la consommation de substances psychoactives problématique qu’iel tente de cesser.

Photo d'un affichage pour des cours de danse sur une ardoise.

Charlie

Au cours de notre rencontre, Charlie mentionne être actuellement en questionnement sur son genre :

Afin de représenter son expression de genre dans sa vie personnelle, Charlie a choisi une photo qui illustre ses cours de danse, un art qui lui permet de connecter son corps à son ressenti :

Photo de loin du café Cléôpatre à Montréal.

Charlie

Le Café Cléopâtre est pour Charlie un lieu lui permettant de rencontrer des gens « qui acceptent toutes les sexualités du monde » et de pratiquer le BDSM. Dans cet endroit, iel indique :

Photo de l’ancien club le K.O.X situé dans le Village de Montréal.

Charlie

Charlie nous présente l’ancien club le K.O.X situé dans le Village. Iel explique :

Iel mentionne toutefois ressentir de l’angoisse maintenant lorsqu’iel se retrouve dans le Village à cause de ses enjeux de consommation de substances psychoactives qui se retrouvent exacerbés en ce lieu.

Léo

Léo est un homme gai qui pratique le travail du sexe depuis maintenant 24 ans. Selon lui, sa pratique du travail du sexe lui permet de vivre pleinement sa sexualité auprès d’hommes :

Au travers de ses photos, Léo nous invite à visiter ses représentations de la masculinité, des injustices que rencontrent les travailleur·euses du sexe ainsi que des stratégies qu’iels mobilisent pour y faire face.

Photo représentant un phare.

Léo

Pour Léo, la masculinité est une composante essentielle de son identité qu’il mobilise autant dans sa vie personnelle que dans son travail. En qualifiant celle-ci de vintage et en l’associant à la culture gaie des années 90, Léo identifie les aspects essentiels de sa masculinité, qui sont la force, la solidité et la durabilité. Il nous présente ainsi un phare, qui, « au-delà du symbole phallique » représente pour lui ces trois composantes. Cette masculinité est également mise de l’avant dans son travail :

Photo d'un panneau de circulation indiquant de tourner à gauche ou à droite.

Léo

Léo a photographié un panneau de signalisation afin de représenter le fait que le travail du sexe n’est pas un métier acceptable dans notre société :

Au cours de notre rencontre, Léo identifie diverses injustices sociales et juridiques que rencontrent les travailleur·euses du sexe, telles que la répression politique du travail du sexe, les difficultés économiques ainsi que le manque de reconnaissance et l’invisibilité de cette pratique.

Photo d'un pont lors d'une journée d'été.

Léo

Pour représenter les stratégies que les travailleurs et travailleuses du sexe mettent en place afin de faire face aux injustices, Léo nous présente le canal Lachine :

Benoit

Benoit est un homme hétérosexuel qui a pratiqué antérieurement le travail du sexe, et ce, pour une période de six ans. Durant notre rencontre, Benoit explique sa vision du travail du sexe : Rencontré dans les locaux du programme TDS, il explique son attachement à ce lieu :

Rencontré dans les locaux du programme TDS, il explique son attachement à ce lieu :

Photo des escalier de béton menant à l'organisme communautaire RÉZO qui offre des services en santé sexuelle aux hommes de la diversité sexuelle et de genre.

Benoit

Lors de notre rencontre, Benoit nous conduit aux marches d’une église, près du Parc Charles-S.-Campbell, un lieu autrefois dédié au travail du sexe. Ces marches symbolisent pour lui l’attente de clients : « Parce que j'ai beaucoup attendu ». Il décrit ensuite la dialectique entre la consommation de substances psychoactives et le travail du sexe qu’il a lui-même vécu :

Photo du parc Charles-S.-Campbell.

Benoit

Durant son entretien, Benoit nous conduit au Parc Charles-S.-Campbell. Dans ce parc, Benoit parle des abus sexuels vécus dans son enfance et de leurs impacts sur sa pratique du travail du sexe :

Benoit explique ensuite avoir cessé de consommer et de pratiquer le travail du sexe lorsqu’il a entamé une relation amoureuse avec une personne qui habitait proche de ce parc, ne souhaitant pas qu’elle le voit travailler.

Albert

Albert est un homme gai qui a pratiqué dans le passé le travail du sexe pour une période de 28 années. En tant qu’homme gai travailleur du sexe, Albert se considère comme une minorité :

À travers ses photos, Albert aborde trois types d’injustices (relationnelles, juridiques et sociales) que rencontrent les travailleur·euses du sexe qui, comme lui, ont œuvré dans ce domaine pour de nombreuses années et qui ont connu les différents changements législatifs entourant cette pratique.

Photo représentant les barreaux d'une prision

Albert

La première photo d’Albert présente les barreaux d’une prison située dans le Vieux-Port de Montréal. Ces barreaux symbolisent deux types d’injustices qu’il a rencontrés dans sa pratique du travail du sexe. La première est juridique et consiste en le fait d’avoir été incarcéré à quatre reprises pour avoir sollicité des clients avant les changements législatifs de 2014 :

La seconde est relationnelle et les barreaux de prison représentent alors la solitude que vivent les personnes qui pratiquent le travail du sexe à cause de la stigmatisation entourant cette pratique :

Photo représentant la la statue des chuchoteuses située dans le Vieux-Port de Montréal.

Albert

Albert mentionne que les travailleur·euses du sexe qui exercent leur métier à l’extérieur sont souvent pointé·es du doigt par les passants. Il a donc photographié la statue des chuchoteuses située dans le Vieux-Port de Montréal :

Photo de l'hotel Nelligan.

Albert

Enfin, pour cette dernière photo, Albert a écrit ce texte qui renvoie à nouveau aux injustices relationnelles et sociales que rencontrent les travailleur·euses du sexe :

Comme il l’indique :

Informations concernant l'exposition photo

Les photos prises par les participant·es ont été exposées à l'été 2023 lors d’un colloque organisé par Fierté Montréal portant sur le travail du sexe intitulé « La criminalisation du travail du sexe et le quotidien des travailleur·euses du sexe 2SLGBTQIA+ ». Pour cette occasion, Fierté Montréal a offert un financement afin d’imprimer et d’encadrer les photographies. Aujourd’hui, les photos sont exposées de façon permanente dans les locaux de RÉZO afin de remettre aux participant·es les résultats de leur travail.