La consommation sexualisée désigne l’utilisation de substances psychoactives avant ou pendant une relation sexuelle. Cette pratique concerne la population générale et englobe un éventail de substances, notamment l’alcool et le cannabis1. Cependant, la consommation sexualisée est principalement documentée au sein des communautés queers2.

Or, depuis près d’une vingtaine d’années, une forme spécifique de consommation sexualisée soulève des réflexions et des préoccupations chez les communautés concernées : le chemsex3. Mais qu’est-ce qu’est le chemsex, exactement? Quels sont les risques associés à cette pratique? Est-il possible d’avoir une pratique de chemsex plus sécuritaire? Nous répondons à ces questions dans cet article.

Qu’est-ce que le chemsex?

Le chemsex est une pratique de consommation sexualisée qui concerne les hommes de la diversité sexuelle, les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HARSAH), ainsi que les personnes trans et non-binaires. Plusieurs substances sont spécifiquement associées au chemsex, c’est-à-dire le crystal meth, le GHB/GBL, la kétamine, ainsi que les cathinones (méphédrone, 3-MMC, etc.)4, 5, 6.

Il existe une pluralité de motivations derrière la pratique du chemsex. Bien que certaines motivations concernent des inconforts, notamment la gestion d’émotions associées à des événements difficiles, ou encore la gestion des effets de la dépendance aux substances, la recherche de plaisir demeure centrale dans la compréhension des motivations au chemsex7.

Bien entendu, les plaisirs sexuels représentent une importante motivation à la pratique du chemsex. En ce sens, les personnes pratiquant le chemsex nomment que les substances viennent intensifier les sensations corporelles, en plus de prolonger les relations sexuelles. Elles évoquent aussi que les substances permettent d’explorer ses désirs et de s’ouvrir à de nouvelles pratiques sexuelles7, 8.

Le chemsex ne peut se réduire à la sexualité seulement, alors que les plaisirs dans cette pratique concernent aussi la dimension sociale. À cet égard, le chemsex constitue une possibilité d’entrer en relation avec d’autres personnes, de ressentir une connexion profonde et de développer un sentiment d’appartenance à une communauté3, 7. Pour certains, le chemsex est une manière d’être entouré lorsqu’ils sont confrontés à des événements difficiles et à des émotions inconfortables7.

Des risques à considérer

Il faut le reconnaître : les plaisirs dans la pratique du chemsex cohabitent avec certains risques. Ceux-ci sont d’autant plus présents lorsque la pratique du chemsex est plus fréquente et prolongée dans le temps. À ce moment, des répercussions physiques, psychologiques, sociales et sexuelles peuvent advenir9.

Concernant les répercussions physiques, les substances psychoactives consommées en contexte de chemsex peuvent altérer l’appétit et le sommeil10, 11, en plus d’affecter la santé buccodentaire12. Le développement d’une dépendance aux substances13 et le risque de surdoses, particulièrement avec le GHB et en contexte de polyconsommation9, 14, sont à prendre en considération.

La santé mentale peut aussi être affectée. Les personnes pratiquant le chemsex rapportent plus souvent vivre de l’anxiété, des symptômes dépressifs ainsi que de l’irritabilité9, 15, 16. De plus, étant donné la consommation de substances psychoactives, particulièrement le crystal meth, certaines personnes vivent des épisodes psychotiques, notamment de la paranoïa et des hallucinations15, 17.

Lorsque le chemsex occupe une place trop importante dans le quotidien d’une personne, cette pratique peut aussi avoir des répercussions sur les relations amicales, familiales et amoureuses9, 18. La sphère professionnelle peut aussi être affectée, entraînant des répercussions financières et une précarisation des conditions de vie19.

Quant aux répercussions sexuelles, la pratique du chemsex est associée à une augmentation des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS), notamment la gonorrhée et la chlamydia20, 21, 22. Lorsqu’il n’y a aucune protection (condom, PrEP) et que les partenaires ne connaissent pas leur statut sérologique, le VIH peut aussi être une répercussion découlant du chemsex22, 23, 24. De plus, certaines personnes nomment ressentir une insatisfaction dans la sexualité sans consommation, et cela, particulièrement lorsque la pratique du chemsex a été prolongée dans le temps25.

Des stratégies pour une pratique de chemsex plus sécuritaires

Il est tout à fait possible d’avoir une pratique de chemsex plus sécuritaire, dans un contexte où la communauté déploie différentes stratégies de réduction des méfaits26. Les personnes rencontrées dans le cadre de la recherche PnP dans la diversité menée par la Chaire de recherche TRADIS ont partagé leurs stratégies pour prévenir les potentielles répercussions découlant du chemsex.

L’accès à une information fiable : un levier à la réduction des méfaits

Les personnes pratiquant le chemsex recherchent des informations pour connaître les risques pouvant découler du chemsex, les effets des substances psychoactives et les modes de consommation plus sécuritaires26, 27. Si cet article fait un résumé des potentielles répercussions, d’autres ressources en ligne permettent de soutenir la réduction des méfaits en contexte de chemsex.

En voici quelques-unes qui sont partagées sur Chez Manu :

Optimiser sa santé sexuelle et celle de ses partenaires

La réduction des méfaits en contexte de chemsex doit aussi concerner la santé sexuelle. Le dépistage des infections transmissibles sexuelles et par le sang (ITSS) est fréquent chez les personnes pratiquant le chemsex22. Au Québec, les SIDEP et SIDEP+ offrent du dépistage pour certaines communautés concernées par le chemsex : les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, les personnes trans, ainsi que les personnes utilisatrices de drogues par injection.

La prise de la prophylaxie pré-exposition (PrEP), une médication préventive à la transmission du VIH, est aussi une stratégie privilégiée par les personnes pratiquant le chemsex11, 22, 26, 27. La prise de cette médication assure aussi un suivi médical concernant les autres ITSS : c’est donc une pierre deux coups! Puis, s’il y a une prise de risque importante, soit une relation sexuelle sans aucune protection, il y a toujours la possibilité d’avoir recours à la prophylaxie post-exposition (PPE), qui peut prévenir une infection au VIH après y avoir été exposé28.

La planification et la gestion de la pratique du chemsex

Une séance de chemsex peut également bénéficier d’une préparation. Plusieurs personnes vont planifier des moments prédéterminés pour s’y adonner11, 27. Il est alors possible de minimiser les répercussions sociales et financières découlant de cette pratique, faisant en sorte que le chemsex n’interfère pas sur les engagements professionnels et sur les relations interpersonnelles. Cela implique de se prévoir des moments de repos et de miser sur une alimentation saine et réconfortante afin de récupérer par la suite11, 27.

La gestion de la pratique du chemsex implique de réfléchir à sa consommation, à ses désirs, puis de s’établir des limites autour de la consommation et la sexualité11, 27.

Des questions comme : « Quelle quantité de consommation me permet d’atteindre le plaisir souhaité, sans toutefois trop m’affecter? », « Quel contexte me rend le plus confortable pour une séance de chemsex? » ou « Quelles sont mes limites sexuelles? » peuvent servir de points de départ pour s’interroger sur sa pratique. L’outil Les 4 repères du chemsex peut aussi appuyer cette réflexion et permettre de mieux se situer en rapport au chemsex

Le soutien des professionnel·les et de la communauté

Il peut s’avérer difficile de maintenir ses limites et certaines stratégies de réduction des méfaits avec la consommation de substances psychoactives, particulièrement avec la consommation de crystal meth27. Dans ce contexte, ou lorsque le chemsex occupe trop de place dans le quotidien et génère de la souffrance, il peut être souhaitable d’aller chercher du soutien d’intervenant·es, de pairs-aidants, mais aussi celui de la communauté. Les interventions adaptées aux personnes pratiquant le chemsex ont démontré des impacts positifs sur la santé physique, mentale et sexuelle, en plus de favoriser une réduction de la consommation29, 30, 31. Différentes ressources peuvent apporter du soutien dans une perspective de réduction des méfaits ou d’abstinence. En voici quelques-unes :

Conclusion

En somme, le chemsex peut être une pratique sexuelle contenant certains risques, alors qu’elle peut entrainer des répercussions physiques, psychologiques, sociales, financières et sexuelles. Dans une perspective de réduction des méfaits, il est bénéfique de développer et maintenir un éventail de stratégies correspondant à ses désirs et à ses besoins. Celles-ci viennent favoriser son bien-être et celui de ses partenaires. Le plaisir n’y sera que plus présent!