La recherche communautaire, c’est quoi?
Un projet de recherche communautaire est une démarche de recherche dans laquelle des chercheur·euses collaborent avec des membres d’une communauté afin de trouver des solutions à un problème vécu directement par celle-ci1,2,3. Cette difficulté peut être une injustice sociale, comme de la discrimination ou de la stigmatisation, ou des enjeux liés à la santé, à leur façon de vivre, à l’accès au logement, à la nourriture, etc.
À l’heure actuelle, la recherche communautaire gagne en popularité dans plusieurs domaines, notamment en sciences sociales et en sciences de la santé. Cette approche vise non seulement à développer des connaissances scientifiques, mais aussi à s’assurer que celles-ci soient pertinentes, utiles et applicables sur le terrain2. Dans ce type de recherche, la collaboration avec les personnes concernées par la problématique étudiée occupe une place centrale, qu’il s’agisse de membres de cette communauté ou de personnes travaillant au sein des organismes qui leur offrent du soutien et des services2,4,5.
Concrètement, la recherche communautaire se distingue par les éléments suivants2,4 :
- La problématique de recherche émerge directement des besoins des personnes impliquées au sein de la communauté et la recherche vise à y apporter des solutions à des problèmes ;
- En plus des personnes chercheuses, l’équipe de recherche est composée de membres de la communauté étudiée ainsi que de représentant·es des organismes communautaires qui leur offrent du soutien et des services ;
- La volonté de partager des connaissances et des savoir-faire ainsi que de s’entraider à la réalisation des différentes tâches de recherche ;
- Le désir de créer des liens de confiance durables entre le milieu de la recherche, le milieu communautaire et la communauté .
À titre d’exemple fictif, voici à quoi pourrait ressembler une recherche communautaire : après avoir reçu plusieurs témoignages de personnes de la diversité sexuelle et de genre concernant les difficultés d’accès aux soins de santé, un organisme communautaire approche des chercheur·euses universitaires afin de réaliser un sondage sur les barrières à l’accès aux soins rencontrées par les membres de cette communauté. Pour mener ce projet, l’équipe de recherche intègre des personnes issues de la communauté afin de contribuer à l’élaboration des questions du sondage, à sa diffusion ainsi qu’à l’analyse des résultats. À la suite du projet, les résultats sont mobilisés par les intervenant·es de l’organisme pour offrir un meilleur accompagnement aux personnes de la diversité sexuelle et de genre.
Quels sont les « milieux » concernés?
Tous les groupes pouvant être identifiés comme une communauté sont susceptibles d’être approchés pour réaliser une recherche communautaire.
Il est possible de définir une « communauté » comme un groupe d’individus qui partagent des caractéristiques communes et qui reconnaissent une identité qui les distingue du reste de la population2.
Ainsi, de nombreux projets de recherche communautaire ont été menés auprès de différentes communautés confrontées à des réalités et à des enjeux variés, comme les personnes migrantes, certains groupes ethnoculturels, les personnes en situation d’itinérance ou encore les personnes issues de la diversité sexuelle et de genre2. La recherche sur le VIH/sida, qui s’est développée dans les années 1980 et qui touchait particulièrement les hommes gais et bisexuels, constitue d’ailleurs l’un des fondements importants de l’histoire de la recherche communautaire et a contribué à la faire évoluer2,6.
À quoi ça sert, la recherche communautaire?
La recherche communautaire, ça sert à produire des connaissances plus près de la réalité des groupes étudiés, ainsi qu’à mettre la science au service de l’amélioration des conditions de vie des personnes concernées par l’enjeu étudié4,7.
Concrètement, des projets de recherche communautaire peuvent servir à améliorer ou à développer des services, créer de nouveaux programmes d’aide, sensibiliser la population générale à certaines difficultés vécues par une communauté ou favoriser l’adoption de nouvelles politiques publiques. De plus. l’implication des communautés est souvent perçue comme favorable par les politicien·nes et institutions subventionnaires en charge du financement attribué pour faire face à certains enjeux sociaux ou de santé2.
Qui peut y participer?
Un projet de recherche communautaire inclut généralement les trois groupes suivants2 :
- Des personnes chercheuses, qu’elles soient affiliées à une université ou à une autre institution de recherche indépendante ;
- Des personnes impliquées dans le milieu communautaire, comme des personnes travaillant dans les organismes communautaires qui offrent du soutien et des services aux membres de la communauté concernée par le projet ;
- Des personnes appartenant directement à la communauté et qui sont concernées par la problématique de recherche étudiée. Dans les projets de la chaire TRADIS, ces personnes sont appelées des pair·es-chercheur·euses.
Le rôle du ou de la pair·e-chercheur·euse, bien qu’il varie d’un projet de recherche à un autre, se distingue de celui de participant·e de recherche. En effet, plutôt que de limiter son implication à répondre à un sondage ou à participer à une entrevue, iel contribue activement au projet de recherche en tant que membre de l’équipe.
Pour devenir pair·e-chercheur·euse dans le cadre d’un projet de recherche communautaire, aucune qualification particulière n’est généralement requise. Il suffit d’appartenir à la communauté concernée, de répondre à certains critères d’éligibilité et d’avoir le désir de partager ses connaissances, son expérience et son vécu avec le reste de l’équipe de recherche.
Le syndrome de l’imposteur chez les pair·es-chercheur·euses
Il peut parfois sembler intimidant de s’engager dans un projet de recherche communautaire lorsqu’on n’a aucune expérience en recherche. Ce sentiment d’incertitude, parfois associé au syndrome de l’imposteur, est tout à fait compréhensible. Collaborer avec des chercheur·euses qui utilisent un vocabulaire ou des concepts peu familiers peut être déstabilisant au départ8. Toutefois, la plupart des projets de recherche communautaire offrent des formations et un accompagnement adapté aux pair·es-chercheur·euses afin qu’iels puissent se familiariser progressivement avec les différentes étapes du processus de recherche et y contribuer de façon significative2. Il est également important de rappeler qu'une expérience préalable en recherche n'est généralement pas requise pour occuper un rôle de pair·e-chercheur·euse. La valeur de cette contribution repose avant tout sur le savoir expérientiel, c'est-à-dire la connaissance du milieu et la capacité à représenter le point de vue de la communauté concernée. L'objectif n'est donc pas de former des spécialistes de la recherche, mais plutôt de favoriser une complémentarité entre l'expertise scientifique des chercheur·euses et l'expertise issue du vécu des pair·es-chercheur·euses.
Pourquoi s’impliquer?
Participer à une recherche communautaire est un moyen concret de contribuer aux changements sociaux et à l’amélioration des conditions de vie au sein de sa communauté.
En faisant entendre sa voix dans un projet de recherche, il est possible de s’assurer que celui-ci tienne compte des réalités vécues sur le terrain et des enjeux qui sont au cœur de l’expérience des membres de la communauté. Cette participation permet également de mettre en lumière leurs besoins en matière de soutien et de services afin qu’ils soient mieux pris en compte2,6,8
Du point de vue du développement personnel, c’est un bon moyen pour en savoir plus sur le milieu communautaire et celui de la recherche, tout en acquérant de nouvelles connaissances et compétences.
Enfin, la contribution des pair·es-chercheur·euses est reconnue et valorisée. C’est pourquoi la plupart des projets prévoient une compensation financière pour le temps et l’expertise apportés à la recherche.
À quoi ressemble l’implication d’un·e pair·e-chercheur·euse?
Le degré d’implication des pair·es-chercheur·euses dans un projet de recherche varie en fonction des besoins du projet et des ressources consacrées à leur intégration au sein de l’équipe de recherche. Certains projets privilégient une participation approfondie, dans laquelle les pair·es-chercheur·euses prennent part à l’ensemble des étapes du processus de recherche. D’autres adoptent plutôt une approche consultative, où les pair·es-chercheur·euses sont sollicité·es à des moments clés afin de partager leur point de vue, de valider certaines décisions ou de commenter des résultats préliminaires2.
Voici quelques questions à se poser avant de s’engager dans un projet de recherche communautaire :
- Ai-je une compréhension claire de ce que mon rôle et mes responsabilités impliquent dans ce projet ?
- Ai-je envie de m’engager dans une démarche d’apprentissage pouvant s’échelonner sur plusieurs mois, voire plusieurs années?
- Ai-je envie de partager mes expériences afin qu’elles contribuent à orienter les résultats de la recherche?
- Ai-je envie d’assumer la responsabilité de protéger les intérêts de ma communauté en signalant les décisions de recherche susceptibles de lui porter préjudice?
- Le temps et l’énergie que j’investirai dans la recherche sont-ils proportionnels aux bénéfices que j’en retirerai, y compris la rémunération offerte?
- Les personnes chercheuses semblent-elles réellement se soucier de mon bien-être et de celui des autres membres de ma communauté?
En résumé, il faut s’assurer d’en avoir envie, d’avoir le temps et s’assurer que sa contribution soit reconnue et entendue par le reste de l’équipe de recherche.
Deux exemples d’organisations qui mènent des projets de recherche communautaire
La Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida (COCQ-SIDA)
Depuis plus de 30 ans, la COCQ-SIDA mène des projets de recherche communautaire auprès des communautés touchées par le VIH et le sida. Elle possède une expertise approfondie de la recherche communautaire qui s’étend même à l’international, puisque la COCQ-SIDA est membre fondateur de Coalition PLUS, un réseau regroupant des organismes et des institutions de lutte contre le VIH et le sida à travers le monde.
Pour en savoir plus sur les actions de recherche de la COCQ-SIDA, suivez-la sur ses réseaux sociaux ou consultez son site internet : https://www.cocqsida.com/nos-actions/recherche-communautaire/
La Chaire de recherche TRADIS
Depuis plusieurs années, l’équipe de recherche de TRADIS mène elle aussi des projets de recherche en collaboration avec des membres des communautés LGBTQ+ qui consomment des substances ainsi qu’avec les organismes qui leur offrent du soutien et des services. Cette collaboration vise à mieux comprendre les besoins spécifiques en termes de services pour offrir des recommandations aux prestataires de services pour améliorer et adapter leurs interventions auprès des personnes issues des communautés LGBTQ+.
Pour devenir pair·e-chercheur·euse sur un projet mené par la Chaire TRADIS, consulte la page S’impliquer de Chez Manu.