L’intervention psychosociale auprès des personnes issues de la diversité sexuelle et de genre (DSG) et des personnes qui consomment des substances psychoactives (SPA) s’inscrit dans un contexte marqué par des inégalités sociales, des expériences de stigmatisation et des trajectoires de vie souvent complexes1,2,3,4.
Toutefois, l’offre de services actuelle peine toujours à répondre adéquatement aux besoins des personnes de la DSG consommant des SPA2,3,4. Notamment, plusieurs de ces services demeurent ancrés dans des cadres hétérocisnormatifs où les réalités propres aux personnes de la DSG ne sont pas reconnues ou sont mal comprises4. De la méconnaissance à la stigmatisation, les expériences des usager·ères peuvent être marquées par l’inadéquation des services offerts à leurs réalités, par les microagressions et par l’invalidation de leurs vécus, ce qui compromet le sentiment de reconnaissance ainsi que le sentiment de sécurité1,4.
Par ailleurs, un manque de compétence culturelle chez certaines personnes intervenantes fait en sorte que les personnes de la DSG sont amenées à devoir expliquer ou justifier leurs réalités4. Conséquemment, celleux-ci se voient attribuer une charge mentale supplémentaire, ce qui limite l’espace disponible pour l’accompagnement et nuit au lien de confiance4. Cet écart entre la volonté d’inclusivité affichée et les pratiques concrètes peut renforcer la méfiance envers les services.
Ainsi, les interventions proposées tendent à être prescriptives et à se limiter à une approche universelle en intervenant de la même façon avec tout le monde ou en imposant des méthodes ou une « recette toute faite ». Or, les interventions psychosociales inclusives exigent, au contraire, une posture adaptative, attentive aux réalités multiples vécues par les personnes de la DSG et les personnes qui consomment des SPA. Les pratiques d’intervention gagnent ainsi à s’appuyer sur des principes reconnus qui visent à réduire les rapports de pouvoir, à soutenir l’autonomie et à favoriser des trajectoires de soins respectueuses, accessibles et pertinentes pour les personnes concernées1,2,3,4,5.
Respect de l’autonomie de la personne cliente
Le respect de l’autonomie implique que l’intervenant·e reconnaît le droit de la personne à prendre ses propres décisions, même lorsque celles-ci diffèrent des attentes professionnelles, des normes sociales ou de ce qu’iel croit qui est la meilleure décision pour la personne cliente1,2. Cela se traduit par une approche non prescriptive, qui informe sans imposer, qui respecte le rythme de la personne et qui soutient l’évaluation par la personne de ce qui est le mieux pour elle1,2. Bref, l’autonomie concerne donc principalement la liberté de faire des choix éclairés parmi différentes options, sans pression ni hiérarchisation implicite. Par exemple, l’abstinence face à la consommation n’est pas nécessairement l’objectif pour tous·tes1.
Respect de l’autodétermination de la personne cliente
L’autodétermination renvoie à la capacité de la personne à « s’autodéfinir », soit à définir elle-même son identité, ses besoins, ses objectifs et le sens qu’elle donne à son expérience1,6. Respecter ce principe signifie d’éviter d’inférer des suppositions sur ses motivations ou ses objectifs, et plutôt de s’ajuster à ce que la personne identifie elle-même comme étant prioritaire et significatif1,6. Contrairement à l’autonomie, qui porte sur le choix, l’autodétermination porte sur la définition même de ce qui compte pour la personne.
Valorisation du pouvoir d’agir de la personne cliente
Valoriser le pouvoir d’agir consiste à reconnaître que la personne possède des ressources, des forces et une capacité réelle d’influence sur sa situation1. La personne intervenante devrait s’affairer à communiquer implicitement qu’elle croit en la capacité de changement de la personne1. Notamment, en utilisant un langage affirmatif, non réducteur/non stigmatisant et centré sur la personne1. En valorisant son pouvoir d’agir, l’intervenant·e soutient la dignité, la compétence perçue et favorise ainsi la participation active au processus par la personne cliente1,2,4). Concrètement, l’intervention mobilisée devrait s’appuyer sur les forces, les savoirs expérientiels et les stratégies déjà mobilisées par la personne. Cette posture renforce le sentiment d’efficacité personnelle, et contribue par le fait même à l’engagement de la personne dans le processus de changement3. Bref, valoriser le pouvoir d’agir ne signifie pas de minimiser les difficultés vécues, mais plutôt reconnaître que la personne demeure experte de sa propre vie et qu’elle est capable de faire des choix significatifs pour elle-même1,2,3,5.
Reconnaissance de la complexité des enjeux de consommation
Reconnaître la complexité des enjeux de consommation implique de comprendre qu’ils ne relèvent ni d’un manque de volonté, ni d’une faiblesse morale, mais d’un ensemble de facteurs biologiques, psychologiques, sociaux et environnementaux1,5. Cette posture permet entre autres d’éviter les énoncés réducteurs ou pathologisants qui renforcent la stigmatisation1,5. Ainsi, elle ouvre la voie à des interventions nuancées, respectueuses et adaptées aux réalités et objectifs de tous·tes1.
Il s’agit aussi de reconnaître que les expériences de consommation s’inscrivent sur un spectre vaste et diversifié, où coexistent une multitude de réalités, de fonctions et de trajectoires, chacune comportant ses propres besoins, vulnérabilités et motivations1,5,7. Effectivement, les personnes qui consomment peuvent avoir des motivations variées. Par exemple, elles peuvent consommer pour gérer le stress, soutenir la socialisation, apaiser des symptômes, vivre une pratique culturelle ou spirituelle, augmenter le plaisir, composer avec un trauma, ou encore maintenir un fonctionnement quotidien1,5,7. Ces motivations et pratiques peuvent fluctuer avec le temps, selon le contexte et les facteurs de stress vécus1,5,7.
Reconnaître cette diversité de trajectoires permet d’éviter les généralisations, de sortir d’une vision dichotomique opposant une consommation « problématique » à une consommation « non problématique », et de soutenir une intervention réellement centrée sur la personne et alignée à son vécu, à son rythme et à ses objectifs personnels1,5.
Promotion des avenues de rétablissement, de réduction des risques et de traitement comme options possibles et accessibles
Enfin, un principe central de l’intervention psychosociale avec une approche adaptative consiste à présenter les différentes avenues possibles comme des options légitimes, accessibles et non hiérarchisées (ex. : le rétablissement, la réduction des méfaits, le traitement, l’accompagnement, etc.)1,2,3,5. Plutôt que de promouvoir une trajectoire unique, l’intervention devrait viser à soutenir l’espoir et à s’adapter aux besoins réels de la personne. Cette approche contribue à réduire les barrières à l’accès aux soins et permet d’offrir un accompagnement cohérent avec les objectifs et les réalités de chacun·e, à un moment donné de sa vie1,2,5.
En somme, reconnaître les limites actuelles de l’offre de services est le premier pas vers l’intégration de principes réellement inclusifs et culturellement sensibles. Leur intégration constitue par ailleurs un levier essentiel pour améliorer la qualité et l’efficacité des services, mais aussi pour contribuer à une société plus juste en réduisant les barrières d’accès auxquelles certaines populations font face.